jeudi 23 mai 2013

Au revoir, Monsieur Remacle

Cela fait des semaines que je me dis qu'il faudrait que je recommence à faire vivre mon blog. Avec toute l'actualité politique et économique, de nombreuses frustrations provoquées par les mauvaises décisions de nos dirigeants me donnaient l'envie de hurler, mais je n'ai pas pris le temps. Quelle tristesse aujourd'hui d'avoir le besoin de m'exprimer suite à un décès.

À presque quarante ans, je m'étais lancé dans le défi de reprendre des études. Pas n'importe lesquelles, non, celles qui me permettraient peut-être de changer quelque chose au sein du système ne fut-ce qu'en étant capable de l'analyser. C'est ainsi que je reçus un accueil favorable au sein de la faculté de sciences sociales et politiques de l'ULB.

Ce n'est pas tous les jours facile d'être un étudiant en jury central. C'est à dire qui suit les cours à distance et ne présente que les examens. Comme beaucoup d'étudiants, tout compte fait, c'est vrai. Mais ce n'est tout de même pas évident tous les jours de s'accrocher malgré le confort quotidien du salaire, de la famille, des amis.

Il est pourtant des professeurs qui vous donnent cette énergie pour ne jamais flancher. Des enseignants qui sont capables de transmettre leur savoir tout en vous poussant à continuer vos recherches personnelles. Il en est même qui veulent que vous soyez encore meilleur parce qu'ils croient en vos capacités.

Monsieur Remacle était de ceux là. Depuis le premier jour où je l'ai contacté pour expliquer que j'étais dans une situation particulière, depuis le tout premier mail, il m'a aidé, il m'a soutenu, il m'a encouragé. Non seulement pour réussir ses cours, mais mon parcours universitaire. Je sentais que c'était important pour lui que je réussisse.

Quand je dis réussir, ce n'est pas suffisant. Il m'a fait avancer vers des nouveaux horizons, il m'a permis de voir des nouveaux aspects, il a eu confiance en moi et dans mes travaux de politologue en formation. Il a compris que malgré mon âge, la passion était présente qu'il y avait beaucoup plus qu'une simple réussite qui m'animait.

Je suis convaincu qu'il y a d'autres professeurs de sa trempe au sein du département, de l'Université. Seulement, avec Monsieur Remacle, j'ai eu l'occasion d'échanger beaucoup. Cela faisait quatre mois qu'il me guidait quotidiennement pour les travaux pratiques, quatre mois que j'attendais avec impatience son commentaire sur mon analyse de l'actualité.

J'ai été marqué par ses encouragements à continuer. Il parvenait à tirer le meilleur de moi, c'était une relation étudiant-professeur enrichissante, épanouissante, grandissante. Chaque semaine, je ressentais la nécessité de faire mieux que la précédente. Lorsqu'il m'avait corrigé, j'avais soif d'en connaître encore plus.

Il était comme cela, ce Monsieur. Étonnamment, j'ai eu la chance de le rencontrer à Genève, à l'institut Européen. J'y ai passé un des tests avec lui. De ce rendez-vous, c'est surtout la demi-heure de discussion qui m'est restée. Le quizz n'était qu'une formalité nécessaire, mais il a pris le temps de me rencontrer.

Je suis ressorti de l'entretien prêt à encore améliorer mes travaux, à essayer d'atteindre l'excellence. Tout autant que ses courriels quotidiens, ces paroles donnaient envie d'aller plus loin. Il restait encore deux mois, mais il m'avait réconforté, conseillé, encouragé. J'avais ressenti qu'il voulait que son élève s'élève.

Je l'ai revu une dernière fois il y a dix jours. (Quelle horreur de savoir ce qu'il se cache dans le mot « dernière » que je viens d'utiliser.) Le travail final devait être rendu avant-hier, mardi. Je lui ai envoyé dans la nuit de mercredi vers 4h. À 10h30, j'avais déjà sa réponse. J'avais atteint l'objectif, pardon, nous l'avions atteint.

Cette énergie, je l'avais dépensée avec lui, pour lui. C'était plus qu'un professeur, c'était un exemple, un guide, un booster de connaissances. Au travers ce témoignage, je voulais dire à quel point c'était un grand Professeur.

Hier, je lui écrivais « Encore merci pour votre aide et l'adaptation de votre enseignement à ma situation d'étudiant en jury central. J'espère à très bientôt. » Je m'attendais à le retrouver une autre année, j'étais impatient d'encore apprendre, de le revoir, de l'entendre, de l'écouter à nouveau, de lui parler, d'échanger avec lui.

Hier soir, « à bientôt » est devenu « à jamais ».


2 commentaires:

  1. Le texte lu par son frère lors de la cérémonie commence comme ceci :

    "Eric,
    Quand un homme de ta qualité et de ton érudition choisit de mettre en avant une citation, c’est qu’elle est porteuse de sens. Tu aimais à rappeler Voltaire : « De toutes les guerres, celle de Spartacus est la plus juste, et peut-être la seule juste ». La guerre, la paix. Un binôme qui t’a fait avancer dans la vie par une dialectique subtile que tu maniais bien mieux que moi."

    la version complète se trouve ici :
    http://www.leblogdejacquesremacle.net/?p=1234

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  2. Un autre témoignage de la part de Nahyd

    "Il existe des professeurs qui marquent à jamais la vie d’un étudiant et de son parcours futur. Eric Remacle faisait partie de ceux-là. Ayant étudié les sciences politiques à l’ULB de 2003 à 2007, j’eus le privilège de le côtoyer, d’étudier et de passer mon mémoire avec lui. Outre un enseignement de qualité, Monsieur Remacle a offert durant sa carrière une inspiration éternelle à ses étudiants. Il y a trois choses en tout cas que je retiendrai à jamais de ce grand homme:"

    http://nahyd.wordpress.com/2013/05/24/adieu-monsieur-le-professeur/

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