mercredi 21 septembre 2011

Au bénéfice du doute?

Aujourd'hui, il y aura peut-être un innocent qui va se faire exécuter. Je ne parle pas d'un condamné à mort dans une dictature quelconque ou dans un pays où règne un régime de terreur. Non, je parle d'un être humain américain qui a été jugé coupable dans la société qui se veut la plus grande démocratie du monde. Seulement voilà, il est peut-être innocent.

Cela ne fait aucun doute.

Le doute, justement, ce fameux doute raisonnable doit profiter à l'accusé. Quoiqu'il arrive, c'est la base fondamentale, le pilier du droit dans une civilisation qui se veut juste. Personne ne peut et ne veut remettre en question ce grand pas en avant. Lors du verdict de culpabilité, il faut être absolument certain que c'est bien le cas.

Cela ne fait aucun doute.

L'accusé est noir. Le policier est blanc. L'arme du crime n'a pas été retrouvée. Aucune empreinte digitale n'a été relevée, l'A.D.N. non plus d'ailleurs. Sur les dix témoins qui ont comparu durant le procès, sept se sont récusés et ont parlé de pression exercée par les policiers. Deux d'entre-eux ont même désigné un autre coupable.

Cela ne fait aucun doute.

La fonction des tribunaux est de rendre un jugement, de faire justice ou de trouver un arrangement entre les parties. Cela dans le but ultime de faire la paix. Les hommes se réunissent pour être certain que la société dans laquelle ils vivent peut revenir à la quiétude. L'ambition de la Cour est d'être équilibrée, égalitaire, juste.

Cela ne fait aucun doute.

La loi divine, la loi du talion, les épisodes du type du vase de Soissons ou encore les exécutions par représailles sont utilisées par des sociétés qui n'ont pas encore atteint la maturité démocratique ou par temps de guerre. C'est-à-dire, des communautés qui ne vivent pas en paix avec elles-mêmes ou avec les autres.

Cela ne fait aucun doute.

Le sexe, la couleur de la peau, la situation financière ou sociale d'un individu ne peuvent pas lui être défavorable lors de son procès. Quoiqu'il arrive, le pouvoir judiciaire doit défendre cela depuis l'écriture de la constitution jusqu'au plus simple jugement rendu qui fera jurisprudence. Tous les moyens législatifs doivent servir cette cause.

Cela ne fait aucun doute.

Le policier a été tué dans l'exercice de ses fonctions. Sa famille est détruite et est victime d'un acte de barbarie. Ses deux enfant ont grandi sans connaître leur père. Que leur enfance ait été volée et que ce traumatisme soit indigne, que ce drame se soit abattu sur eux dans la plus parfaite absurdité, et que le crime doive être puni,

cela ne fait aucun doute.

Mais tuer un être humain, ça ne le ramènera pas un autre à la vie. Punir légalement par la peine de mort un criminel, même coupable du crime le plus odieux, c'est s'abaisser à sa férocité. Prendre une vie pour soi-disant rééquilibrer le malheur, c'est moyen-âgeux. Ce n'est plus une famille qui est en deuil, mais c'est cette même famille qui veut que l'autre ait au moins aussi mal qu'elle. Cela s'appelle de la vengeance, pas de la justice.

Et je n'ai aucun doute là dessus.

Que dans une société qui a pratiqué la ségrégation, que dans une société où le risque d'être condamné à mort est jusqu'à onze fois plus grand si le condamné est noir et que la victime est blanche, que dans une société où la parole d'un richissime blanc vaut plus que celle d'une femme de ménage noire,... Que dans cette société-là, Troy Davis ait eu droit un procès équitable?

Là, j'ai un doute. Un gros doute. Ce doute va bien au-delà du raisonnable.

[Le 24 septembre 2011, j'ai lu ceci : Troy devait mourir et bien que je sois toujours contre la peine de mort, cela m'a fait réfléchir au procès équitable ou non]

9 commentaires:

  1. > L'accusé est noir. Le policier est blanc.

    Traduction:
    - le gentil noir
    - le méchant blanc raciste.

    Autant l'affaire m'attriste, autant "racialiser" le problème n'apportera rien.

    Dommage.

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  2. "L'accusé est noir. Le policier est blanc." J'ajouterais aussi que la Géorgie est un état du sud (et donc malheureusement un peu plus raciste qu'un état du nord). Sinon c'est un très beau texte qui décrit bien la barbarie et la stupidité de certaines personnes... Qui sait, peut-être qu'un jour nos descendents étudieront votre texte en disant "Lui, c'était un pionnier de l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis" :) !

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  3. merci Quentin. "L'accusé est noir. Le policier est blanc." Rentre pour moi dans la donne. Je ne veux pas dire qu'il est gentil parce qu'il est noir ou que le blanc est un méchant raciste, mais bien que c'est statistiquement prouvé qu'il y a beaucoup plus de chance d'être condamné à mort lorsque l'accusé est de couleur et que la victime est blanche.

    Je n'ai pas voulu entrer dans le débat de savoir s'il est innocent ou non, mais ma conviction personnelle est qu'il n'a pas eu toutes les chances de son côté.

    Je suis surtout contre la peine de mort, mais je pense que tous les lecteurs ont compris.

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  4. Un écrit poignant sur le mal être ressenti par quelqu'un qui est contre la peine de mort quand l'état assassine

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  5. Bien, la moral a disparus,les Musulman du Jiad disen que L'amerique est le pays du satan mes eux aussi assasine leurs proches alor le mal sous forme d'injustice restera temp que les humains existerons....

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  6. @Anonyme, si jamais tu repasses par ici, je pense que tu avais mis le doigt dans le 1000 :
    troy devait mourir

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