jeudi 15 septembre 2011

Bac à star.

«Quel spectacle! Quel coup de théâtre! Quels acteurs! Le style est magistral!» Les éloges ne finissent pas de pleuvoir dès la fin du premier acte. Il y a longtemps qu'un tel divertissement n'a pas suscité autant d'émoi dans la population. La célébration se fait dans toutes les langues, réunit toutes les générations. Le public est debout.

La leçon est donnée, il n'y a rien à jeter. La télé-réalité-poubelle vit ses dernières heures. Les affaires de type DSK, Clearstream, L'Oréal ou encore Bourgi doivent être rangées dans des valises, de préférence africaines. La révolution est en marche, plus rien ne sera capable d'arrêter la bouffonnerie à la Belge.

Il y a 10 ans, les lofteurs sont restés 64 jours devant les caméras. La Star Ac' nous faisait voir évoluer des pseudo-élèves durant presque 3 mois. La nouvelle star faisait le tour du monde pour trouver la perle rare. Et pendant ce temps, les enfants de politiciens belges planchaient en secret sur un nouveau concept de télé-politique à la belge.

Aujourd'hui, nous pouvons parler de coup de génie. Plus de 450 jours de suspense intenable ! Les caméras du monde entier braquées sur notre petit pays. Un record du monde à la clef, toujours en cours, du nombre de jours sans gouvernement. Des milliers d'articles de journaux, des unes, des points quotidiens, des flashs spéciaux, le monde médiatique est à genoux devant eux.

Qui aurait pu imaginer que le tweet « Alea Jacta Est » était tout simplement le signal de départ du premier jeu de télé-politique-réalité? Ces jeunes loups ont réussi à monopoliser les audimats de toutes les chaînes du pays. Mieux, ils sont parvenus à tenir en haleine non seulement le pays, mais l'Europe, le monde, j'ose même dire : la galaxie !

Une maîtrise des règles du jeu perspicace leur a permis de demander aux futurs téléspectateurs de voter eux-mêmes pour leurs candidats. Une énorme organisation a été mise en place le dimanche 13 juin 2010. Quelle justesse dans le choix des dates ! Grâce à cela, les grilles télévisées de la rentrée étaient façonnées pour eux. Pile avant l'été, cela leur permettait de faire le buzz sur les terrasses des cafés. Les citoyens ne parlaient plus que d'eux entre les gorgées de houblon.

Mais ici, pas question d'élimination. Les futurs candidats vainqueurs devaient rester dans le jeu. C'était à ce prix là qu'ils pouvaient rêver de devenir politicien. Car tout l'enjeu était là : il voulaient tous devenir d'éminents hommes d'État. La célèbre «voix» était remplacée ici par Sa Majesté le Roi Albert II. Et ce ne fut pas une partie de plaisir.

Le Souverain a semé le parcours d'embûches. Les difficultés pour les jeunes candidats étaient réellement insurmontables. Un groupe complet, la NVA, a d'ailleurs préféré jeter l'éponge. En effet, le despote avait imposé l'utilisation du français dans les négociations. Lorsque la marmite avait trop chauffé et que toute l'eau s'était évaporée, voyant qu'il n'y avait même plus de gaufres à manger, le capitaine Bart et son équipe se sont auto-éléminés.

Malgré tout, durant plus d'un an, ce soap-opéra a réussi à se tenir au sommet de l'audimat. Et pourtant, il y a eu la guerre en Lybie, la crise de l'Euro, il y a même eu la coupe du monde football, rien n'y fit, l'émission de réelle télépolitique belge restait au firmament ! Les téléspectateurs des trois communautés en redemandaient.

Les moindres ficelles du métier ont été utilisées : la dramatisation, l'ironie, la temporisation, tout y est passé. Les changements de rythme ont empêché la lassitude d'une société qui en avait déjà vu de toutes les couleurs. Le jeu était préparé avec savoir-faire et virtuosité. Même les plus rusés sont restés scotchés devant leur bouteille de... whisky.

Après plus de 450 jours passés en tractation, en marchandage, en concertation, il y a un candidat qui sort du lot. Le plus habile en ce jour, est Elio, le plus âgé d'ailleurs. Ce vieux briscard en a vu d'autres, et il est en train de faire une démonstration à ses jeunes collègues. Le marseillais qui occupait la place de premier ministre démissionnaire vient même de laisser le siège vacant. Est-ce un signe ? Nous verrons cela au prochain épisode.

Quand je pense qu'il y en a qui croient que ce n'est pas un jeu...

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