dimanche 11 septembre 2011

La force du pardon

Je me souviens que lorsque j'étais en sixième primaire, un des petits garçons avec qui nous jouions aux billes m'a volé mes «super-potche-pétrole». Pour les non initiés, c'étaient des billes impayables dans la cour de récré. J'ai été voir son prof, il me les as rendues, il s'est excusé, je lui ai pardonné, nous nous sommes serrés la main et nous avons rejoué ensemble. Point.

Quelques jours plus tard, j'avais mon anniversaire et, évidemment, j'ai rapporté un gâteau à l'école. Le directeur est arrivé et dans son « speech » en mon honneur, il a souligné ma capacité à pardonner. Ce jour là, j'avais juste compris que pour les adultes, c'était très important, alors qu'en tant qu'enfant, c'était tout à fait normal. Après tout, c'étaient juste des billes.

Si je parle de cet événement anodin, c'est parce qu'en ce jour, l'ensemble du monde occidental commémore les attentats de New-York et fait allégeance aux États-Unis d'Amérique. Et bien, j'aurais aimé que Georges Bush et ses concitoyens aient eu la force de pardonner à leurs agresseurs. Attention, je ne veux en rien comparer des billes avec les milliers de vie, mais multiplier des morts ne sert à rien.

Ces attaques étaient lâches, certes. Cet outrage à la démocratie était horrible, certes. Ces événements ne peuvent être que condamnés et les assassins doivent êtres poursuivis et jugés. Nous sommes tous d'accord. Mais les vies «d'innocents» prises ne doivent pas permettre d'en réclamer d'autres en échange. Quoiqu'il arrive, à mes yeux, une mort ne vaut pas un assassinat. Cela fait partie de l'éducation à la démocratie, à la modernité.

En 1941, à Pearl Harbour, il y a eu environ 2500 tués. La réponse des States a été de poser délicatement deux bombes atomiques sur l'archipel japonais. Les deux seules jamais utilisées contre un ennemi. Soixante ans après, l'écroulement des Twin Towers font environ 3000 victimes. La réponse est cinglante : la guerre en Irak et la guerre en Afghanistan. C'est tout aussi disproportionné.

J'aurais vraiment aimé que les américains aient appris leurs leçons d'Histoire. J'aurais trouvé valeureux qu'ils puissent montrer leur intelligence plutôt que leurs muscles. J'aurais été fier d'eux s'ils avaient réussi à montrer de la compassion plutôt que de la haine envers les terroristes. Et qu'ils aient répondu avec noblesse et humanité à leurs agresseurs.

Au lieu de cela, ils ont détruit l'Irak. Ils ont trouvé une excuse pour faire sauter Saddam Hussein, alors que ses liens avec les attentats n'ont jamais été prouvés, et ne le seront jamais. Ils ont envahi l'Afghanistan en tentant de mettre fin au régime des talibans qu'ils ont eux-mêmes mis en place. Au passage, sans attaquer leur économie, l'opium.

Mais encore pire : ils ont créé Guantanamo et sa zone de non-droit. Quand on se veut le plus grand pays de la liberté, il faut la respecter aussi pour ses ennemis. C'est ça, cette fameuse démocratie pour laquelle tout l'occident se bat. Je trouve également nauséabond que nos alliés et sauveurs aient légalisé la torture. Se demander si celle-ci est efficace, c'est la même chose que d'étudier l'efficience de l'esclavage dans le modèle capitaliste : tout simplement immoral.

Ô, je ne leur demandais pas de tendre la deuxième joue, non. J'aurais juste apprécié que les coupables aient un vrai procès. J'aurais préféré que Ben Laden soit traduit devant la justice. J'aurais applaudi la mise sur pied d'une commission parlementaire non sclérosée par la CIA ou le FBI. Que les américains soient justes, oui, tout bonnement justes.

Lorsque Obama a eu le prix Nobel de la paix, j'étais outré, car je n'avais aucune confiance en lui. Je pense que les jurés doivent se mordre les doigts, car toutes ses promesses se sont envolées. Un prix de l'espoir? Quel est-il pour ces enchaînés sur l'île cubaine? Quel est-il pour tous ces pays où les pots de vin et les magouilles des services secrets US empêchent toute forme d'évolution?

Dans chaque religion, la force du pardon est louée. Dans chaque société, la justice cherche à retrouver la paix, plutôt que de déclencher la guerre. Alors pourquoi, ce droit essentiel n'est-il pas appliqué par la première puissance mondiale? Au lieu de dépenser des milliards dans les guerres, n'auraient-ils pas pu investir tous ces dollars dans la paix? Dans l'éducation, la construction des écoles, le partage de la bonne parole.

Je sais que c'est beaucoup d'aspiration et peu de réalisme. Mais peu importe, le pays qui a pour devise «God bless America» devrait parfois se replonger dans ses racines chrétiennes et relire le message de Jésus, au lieu de prendre exemple sur les dérives horribles de ce que les religieux en ont fait. Law and order. Mais d'abord la Loi.

Que des morts n'en amènent pas d'autres, c'est ça la force du pardon.

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