mardi 25 octobre 2011

Gestion de crise: l'exemple Argentin.


Cristina Fernández de Kirchner a été réélue au premier tour des élections présidentielles en Argentine. Évidemment, à part quelques dépêches copiées/collées depuis l'AFP, rien n'a filtré sur cette victoire. La cause en est très simple, c'est la veuve de Nestor Kirchner. Il fut président de 2003 à 2007. Mais pourquoi donc les médias se taisent?

Tout simplement, parce que c'est le président qui a réussi à redresser son pays sans l'aide du F.M.I. Pire encore, il a envoyé la prestigieuse institution sur les roses. Cela ne doit donc pas se savoir. En effet, que se passerait-il si les populations des pays mal gérés se rendaient compte que les requins capitalistes étaient là pour imposer des plans de rigueur à des taux usuriers?

Aujourd'hui, le monologue incessant de la pensée unique nous gave de «crise économique», de «plan d'austérité», de «mauvaise gestion», de «crise de la dette», ou encore de «solidarité de la zone euro». Je ne sais pas si c'est parce que nos gouvernants ne connaissent pas ce pays ou qu'ils le font exprès, mais j'aimerais bien qu'ils se concentrent sur le cas de l'Argentine.

Lorsque ce pays, étranglé par les dettes, a atteint un taux record de la population vivant sous le seuil de pauvreté (environ 50%) il a osé défié le FMI et lui faire un grand bras d'honneur. C'était la plus belle manœuvre économique et politique faite par un pays en voie de sous-développement pour s'en sortir. Et il a réussi à sérieusement se relancer.

Le plan était très simple ¹
  1. Sans consommation pas de relance
  2. Un excédent fiscal est essentiel mais on y parvient seulement dans le cadre de l'expansion économique
  3. L'excédent fiscal devait servir à réduire la dette, avec une dure restructuration au préalable
  4. Les comptes publics solides permettent une gestion autonome du taux de change, avec des interventions stabilisatrices sur les marchés.
Le plus comique c'est que le FMI n'avait pas approuvé le plan.

Les chiffres² parlent pour nous: le chômage passe de 20,7% en 2001 à 8,7% en 2007. Le taux d'investissement (% du PIB) de 14,2 (2001) à 23 (2006) et le solde budgétaire de -5,9% en 2001 à +3,4% en 2004 et +1,5% en 2006. Il n'y a pas besoin d'être prix Nobel en économie pour se rendre compte que cela a été efficace.

«En effet, sa politique centre gauche d'inspiration nationaliste, va rapidement se traduire par une fermeté exemplaire dans les négociations menées avec le FMI et les différents créanciers du pays, afin de défendre les intérêts nationaux»³. Est-ce que ce type de réussite ne pourrait pas inspirer nos leaders politiques?

J'aimerais souligner la rapidité avec laquelle tout cela a été fait. Une dizaine d'années seulement. Mais il faut aussi souligner qu'à la fin des années 80 l'Argentine a appliqué les consignes du FMI à la lettre. Au point que Carlos Saúl Menem, président de 1988 à 1999 affirma:« l'État fédéral ne devra plus s'occuper que de la justice, de l'éducation, de la santé, de la sécurité et des relations internationales.»

En 2011, nous savons que le FMI n'a jamais réussi à sauver un quelconque pays. Nous savons également qu'il est à la solde des grands argentiers et prône une politique pure et dure, complètement inhumaine. Alors pourquoi donc vouloir absolument continuer à avoir confiance en cette institution?

Nous avons l'exemple d'un pays qui a réussi à renouer avec la croissance tout en ne laissant aucun de ces concitoyens sur le bord du chemin. Alors pourquoi est-ce qu'il n'est pas possible de seulement étudier cette réussite et peut-être en tirer parti? Nous avons devons nos yeux la plus belle réforme économico-sociale jamais réalisée à notre époque.

Faut-il attendre que la rue gronde et que des hommes et des femmes perdent la vie? Faut-il que la pauvreté atteigne aussi 50% des habitants européens? Avec l'Argentine, nous avons une observation in sitio de ce qui se produit lorsqu'on suit les consignes du FMI et lorsqu'on ne les suit pas. Dans la situation actuelle, mon choix est fait:

Sacrifier le FMI sur l'autel de l'Intelligence Humaine.

¹Roberto Lavagna, ministre de l'économie et de la production de l'Argentine (2002-2005): Réduction de la dette publique: souvenons nous du désastre argentin dans les Échos du 22/07/10
² et ³ Colin Céline, La gestion de la crise argentine 2001-2002, Université Paris-Dauphiné, Mars 2009.



2 commentaires:

  1. On sait que le FMI = les rentiers. Donc oui, acrifions ! :-)

    [Si on rase le FMI, on dira que DSK a encore eu du nez de se barrer avant l'heure ! :-)].

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  2. Excellent article. Une analyse intéressante. Nous devrions ajouter que cela a été accompagné par une forte plan d'inclusion, une forte expansion des droits des minorités et desenmarcaramiento les médias. Lorsque se demande pourquoi les médias ne parlent pas par exemple l'Argentine, la réponse est simple: Les médias sont les porte-parole des gagnants de la crise.
    Salutations de l'Argentine ...

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